Convention Collective aux États-Unis

Les français n’ont pas trop suivi – mais moi je suis collée aux informations concernant l’état du Wisconsin aux USA depuis des mois. J’ai déjà traduit deux articles de la revue City Journal sur le sujet, mais pour faire court, le gouverneur Républicain Scott Walker, élu en 2010, a gardé son siège lors du recall(1) (rappel de vote) voté le 5 juin – par une majorité écrasante, 54 % contre 46 %. Par ailleurs, deux villes en Californie, état «progressiste» par excellence, ont voté des changements majeurs dans les règles régissant les retraites des employés publics.

Je dis qu’il était temps! Quand le montant moyen des retraites pour les pompiers ou les officiers de police dans la ville de San Diego s’élève à 95 000 $ (30 % plus élevé que le salaire moyen dans le privé) avec une retraite possible à 50 ans – il est compréhensible que les citadins commencent à grogner.

On ressent un mouvement de fond aux USA, la population commence à se rendre compte que le système des syndicats dans la fonction publique n’est pas sain du tout pour leur économie – et même pas sain tout court.

Qui a dit en 1937 «…une attention méticuleuse doit être portée aux relations et obligations uniques qu’ont les fonctionnaires vis-à-vis du public et du gouvernement.
Tout les employées dans la fonction publique doivent réaliser que le processus de négociations collectives… ne peut pas être transplanté au service public.» ? Nul autre que Franklin D. Roosevelt.

Ce n’est qu’en 1958 que les syndicats de la fonction publique ont eu le droit de négocier collectivement – ce qui veut dire négocier en groupe non seulement les salaires mais aussi les primes, les horaires, les statuts, tous les éléments de la vie du travail – avec leurs hiérarchies au gouvernement. C’est le maire de New York City à l’époque, le Démocrate Robert Wagner Jr qui a signé le « Wagner Act », mettant d’un coup de plume tous les fonctionnaires de la ville dans sa poche. Ainsi a commencé l’alliance entre le parti Démocrate et les fonctionnaires, renforcé par un executive order signé par Président Kennedy en 1962.

Une pléthore de lois a suivi, votées dans les états, les villes, les comtés, … Le plus grand syndicat de la fonction publique, la National Education Association, compte aujourd’hui 3,2 millions de membres, presque 3 fois plus que le syndicat privé le plus important, le United Food and Commercial Worker avec 1,3 millions de membres.

La connivence entre les syndicats et les Démocrates a très peu varié depuis 1958 – dans la plupart des cas, appartenir à un syndicat est obligatoire – et donc y cotiser également. Les cotisations sont prélevées à la source par le gouvernement local, et puis redistribuées aux syndicats. Les syndicats utilisent leurs fonds (entre autres – le président de l’Afscme gagne 565 000 $, le président du National Education Association en est à $492,484) afin de militer fortement pour les candidats Démocrates qui leur rendent la monnaie une fois élus avec des conditions de travail plus que confortables.

Mais il me semble que les temps changent : Scott Walker a fait voter une loi annulant le prélèvement à la source des cotisations – depuis, le deuxième syndicat de l’état de Wisconsin, la American Federation of State, County and Municipal Employees a vu le nombre de ses membres chuter de 62.818 à 28.745. Celui du Afscme Council – des employés de l’état – est passé de 22 300 à 7 100 !

Et ce n’est pas fini, de nombreuses villes, états et comtés aux USA préparent le passage d’autres lois semblables. Après tout, est-ce normal que l’employé lambda du gouvernement local gagne plus que les citoyens qui le paient ?

(1) Il s’agit d’une élection extraordinaire où il faut un minimum de signatures de la population votante (dans ce cas 25 % du total des votes de la dernière élection du Gouverneur) afin de faire re-passer un élu par un scrutin. Il parait que même certains membres du parti Démocrate ont voté pour Walker parce qu’ils étaient scandalisés de ce scrutin – normalement un recall vote est proposé seulement en cas de criminalité.

34 Commentaires

  1. plantigrade69

    Très intéressant!
    merci Expat!

  2. Expat

    Et si on regarde ce qui se passe an Estonie, et ailleurs, on commence à comprendre vraiement ce qu’on dit : ‘Most important, however, because in the end reality prevails. As economist Herb Stein once put it: Something that can’t go on, won’t."

  3. Expat nous délivre une graine d’optimisme devant le monde à venir. Et cela, non pas à partir de rêves, mais à partir d’évènements réels.
    Nous en avons besoin, grâce lui soit rendue.

  4. kravi

    " La connivence entre les syndicats et les Démocrates a très peu varié depuis 1958 – dans la plupart des cas, appartenir à un syndicat est obligatoire – et donc y cotiser également. Les cotisations sont prélevées à la source par le gouvernement local, et puis redistribuées aux syndicats."
    Prélever les cotisations à la source, voici une réforme à promouvoir en France. Nul doute que les syndicats y seraient favorables.

  5. Le syndicats applaudiraient des deux mains, en effet.
    Et les salariés?
    Et les électeurs?

  6. Expat

    Ça fait peu de temps que je m’intéresse a tout ça aux USA et je me rend compte que c’est presque pire qu’en France. Notre chance est que ses negotiations etc se font état pat état, ville par ville, donc c’est récupérable. Merci a nos pères fondateurs et à la constitution. Dommage pour la France.

  7. Oui Expat, cette facilité de faire des réformes localement est très précieuse. Cela permet de lancer des changements limités à une petite partie de la population, de sorte qu’ensuite ils peuvent servir d’exemples à suivre ou ne pas suivre. On peut déceler, à l’expérience, certains effets pervers secondaires que la théorie n’avait pas laissé deviner.
    En France on pratique volontiers le "tout ou rien". Et on se divise entre le camp du tout et le camp du rien.

  8. Expat

    Impat, je me souviens de quelquechose que vous avez dit ici ou ailleurs, qu’on devrait voter des lois pour un temps limité -style 2ans- et puis après faire l’analyse des résultats afin de décider si les effets étaient conformes. Je trouve ça une excellente idée !

  9. Hérissons !

    essai

  10. En effet Expat, c’est une idée que je "ressers" souvent. Limiter certaines lois, en un premier temps, dans le temps et dans l’espace, pour évaluer les conséquences.
    Serait valable aussi pour les référendums…

    • QuadPater

      Bonjour !

      Impat, ce type de loi à l’essai me paraît en première analyse difficile à appliquer.

      Imaginons une loi-Impat valable 2 ans à Bordeaux. L’application de cette loi conduit à coller des amendes ou envoyer des gens en prison. À Bordeaux, pas ailleurs. Le même comportement à Lyon n’entraîne pas de telles sanctions. Que devient le principe de "tous égaux devant la Loi ?"

      Au bout des 2 ans, il est décidé de ne pas donner suite à ce texte. Faut-il rembourser les amendes ? Réhabiliter la personne qui a fait de la taule, avec des excuses ?

  11. Averell

    @ Expat
    Merci pour cet article Expat. Il m’a également renforcé dans l’idée que les États décentralisés, comme les USA et ses États, l’Allemagne et ses Lander, la Suisse et ses cantons, etc., fonctionnent mieux que les États centralisés, style jacobin. L’Espagne qui souffre beaucoup aujourd’hui a aussi fait sa richesse par la décentralisation (les autonomías) et je suis certain qu’elle se relèvera grâce à cette structure quasi-fédérale après épuration de la dette et meilleur contrôle de la corruption locale. Qu’en pensez-vous ?

  12. Quad, vous montrez simplement qu’une telle disposition ne peut pas s’appliquer à toutesles lois, ce qui est indiscutable.
    À l’inverse, une loi portant par exemple création d’entreprises de type nouveau (comme les auto-entrepreneurs) peut entrer dans ce cadre. Ou fusion possible de départements dans les régions, ou limitation de vitesse, ou…etc.

  13. J’ajoute à mon 10 juin 2012 à 12:05 que "l’égalité devant la loi" n’est pas l’égalité de tout le monde au même endroit au même moment devant la même loi.
    Les lois alsaciennes sont différentes des lois auvergnates.
    Les lois en Martinique sont différentes des lois en Aquitaine
    Les lois italiennes sont différentes des lois françaises.

  14. QuadPater

    Impat n’en jetez plus j’ai compris ! :)

    Je restreignais probablement ma vision de "la loi" au Code Pénal (français). La honte m’étreint le cœur.

  15. Remettez-vous, Quad. Il existe des villes où les prisons sont plus confortables que d’autres…

    • Hérissons !

      En Corse ? Puisque le malfrat corse réclame d’y être transféré.
      A Marseille aussi. Le livre sur l’assassinat du juge Michel montre qu’on y a (avait) la grâce médicale assez facile. Dès qu’un parrain arrivait aux Baumettes, sa santé se dégradait brutalement. Il trouvait un médecin qui s’en inquiétait et délivrait le certificat d’hospitalisation. Grâce aux soins attentifs et au non-lieu, il était élargi et faisait honneur au corps médical en reprenant ses affaires, aussi florissantes que sa santé retrouvée.

  16. Expat

    ‘@ averell : je vous réponds demain. Bonne soirée

  17. Expat

    Averell, je suis d’accord avec vous – j’ai la tête qui tourne quand j’essaie d’imaginer la casse-tête pour négocier les salaires des fonctionnaires français – tâche impossible, surtout s’il faut les négocier à la baisse ! (ce qui ne va pas tarder à mon avis)
    Et je pense que l’Espagne va s’en sortir – voici un article assez optimiste (désolée, en anglais) :
    http://online.wsj.com/article/SB10001424052702303768104577458350638512574.html

    • Hérissons !

      L’Espagne va s’en sortir ? Un reportage a montré que ses immigrés latino-américains rentraient chez eux, que ses diplômés émigraient. Ce ne sont pas des signes encourageants. Les banques ont des déficits tous les jours plus vertigineux, en milliards. Leur bulle immobilière a cessé de masquer leur fausse prospérité.

  18. Bien sûr que l’Espagne va s’en sortir. Merci l’Union.

  19. Expat

    Ben Hérissons, je commence à partager votre point de vue, les choses ne s’arrangent pas pour les banques espagnols.

    • Hérissons !

      Non, nos banque commenceraient déjà à rationner les retraits.
      Nigel Farage voit l’Europe comme un Titanic qui a heurté l’iceberg.

  20. Les deux infos les plus lamentables du jour sur le chemin que prend la France sont sur le site du "Point":

    "France-Allemagne : la guéguerre de François Hollande"

    Et

    "Le ton monte entre l’Allemagne et la France"

    • Hérissons !

      Pour nous divertir en masquant la catastrophe de l’Eurozone, on nous ressasse le tweet de Madame Trierweiler et les larmes amères de Madame Royal.

  21. L’Eurolande à mon sens n’est pas menacée, ses bases sont solides et le leadership Merkel/Commission est maintenant décidé à approfondir l’union politique. Mais ce qui me navre est que les progrès considérables sur le point de naître vont naître hors des initiatives françaises. Cela va laisser des traces. La France est en train de perdre son influence en Europe, qui était immense.

  22. Hérissons !

    Economic collapse for dummies

  23. Expat

    Impat – les deux articles du Point sont effectivement très inquiétants – Hollande fait vraiment n’importe quoi.

  24. Hollande et Ayrault sont en train de couler une bielle du moteur franco-allemand. S’ils étaient opposés à l’Union ce serait cohérent, mais ils disent ne pas l’être. C’est donc de l’aveuglement ou de la stupidité, ou les deux.

  25. Expat

    "couler une bielle" ? Traduction ?

  26. Pardon Expat, c’est une expression de "mécanicien" intraduisible étymologiquement en anglais. On l’emploie lorsque un effort trop important est demandé à un moteur à explosions, ou qu’on le fait tourner sans huile. Cela a pour résultat de casser la "bague" qui unit la bielle au vilebrequin, donnant ainsi un "jeu" excessif qui rend le moteur inutilisable. C’est la mort du moteur.

  27. Expat

    ah m…! mais tu as raison ! J’ai publié un article en commentaire sur l’article "fratrie" – ça commence à sentir très mauvais, très.

  28. Le Nouvel Obs ce soir: "le torchon brûle entre Paris et Berlin"…
    …ça n’a pas tardé!

  29. Aventin

    Le problème ne vient pas des syndicats de la fonction publique mais du fait que ceux-ci s’instituent en pouvoir autonome : on appelle cela le corporatisme. C’est ce corporatisme qui est un problème plus que les syndicats, privés ou publics. En utilisant mal les mots et en n’en maîtrisant pas les définitions on est nécessairement porté à penser de travers. Si en France il y a infiniment moins de travailleurs pauvres qu’aux E-U c’est aussi par le fait que la législation du travail (droit de la sécurité sociale, relations individuelles et collectives du travail) – laquelle mériterait certes une simplification – qui protège véritablement les salariés. J’ai toujours pensé que les Etats-Unis n’avait rien à nous apprendre – notre nation -, enfin rien de vraiment capital et positif, un peu comme un adolescent fan de South Park n’aurait probablement rien à apprendre à un agrégé de lettres classiques converti au mystère des Evangiles.Les USA ? A aucun moment et dans aucune circonstance.Pas même un contre-modèle, rien.

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